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Jean Giono

Saluons cette initiative de commémoration du 30e anniversaire de la mort de Giono : elle nous offre l'opportunité de relire avec avidité et une curiosité renouvelée cette œuvre multiple et originale.

Originale, l'œuvre de Giono l'est incontestablement. Exempte de tout académisme, elle se construit, dans sa première époque, loin des questionnements intellectuels de Saint-Germain-des-Prés. Daniel Halévy ne s'est pas trompé, qui édite "Colline" en 1928. On y découvre un auteur au lyrisme débridé et d'une poésie étincelante où les images éclatent comme les flammes d'un volcan. Suivront très vite "Un de Baumugnes" en 1929, "Regain" en 1930. La terre de Provence, dans son âpreté suave, s'y fait femme : amante, maîtresse, séductrice : elle se laisse courtiser. Jamais prendre. Et les combats qui s'y livrent annoncent la violence qui habitera une grande partie de l'œuvre. A la croisée de celle de Ramuz, l'inspiration de Giono gardera un ton personnel, plus illuminé, et surtout moins incantatoire.

Cette terre de Haute-Provence, Giono ne la quittera que deux fois. Pour la guerre. Et pour un voyage en Italie.

La guerre, honnie, bannie, métamorphose, dans une deuxième étape de la construction, l'œuvre, l'inspiration et le style. Il n'est que de relire "Le grand troupeau" (1931) pour s'en convaincre. Et même si la profusion lyrique et l'intention d'un "message" pèsent sur les œuvres de cette période ("Jean le bleu", en 1932, "Le chant du monde", en 1934, "Que ma joie demeure", en 1935), Giono continue de polir la phrase ternaire et le rythme musical de l'hendécasyllabe, même pour décrire l'horreur : "Les têtes aux yeux morts dansaient de haut en bas, elles flottaient dans les images de la montagne et mâchaient doucement le goût des herbes anciennes" ("Le grand troupeau", Gallimard). L'influence d'Homère et de Virgile est toute proche. Giono qui connaissait parfaitement L'Iliade le rappellera précisément dans "Jean le bleu", œuvre autobiographique.

La troisième étape de la construction sera initiée par le voyage en Italie. Retour aux sources pour ce fils de carbonaro, qui donnera alors toute la mesure de son imagination et déploiera la puissance de sa composition. En 1947, alors que Camus publiait "La peste", Giono donnait l'admirable "Un roi sans divertissement", tragique fait divers doublé d'une chasse au loup dans un canton perdu sous la Restauration. Ensuite, "Noé" en 1947, "Mort sans personnage" en 1949, "Les âmes fortes" en 1950 et "Le hussard sur le toit" en 1951. L'écriture, désinvolte, dépouillée de ses protubérances lyriques, mais toujours poétique, aura des résonances stendhaliennes que la critique ne manquera pas de souligner alors pour parler de chef-d'œuvre.
Pour une connaissance approfondie de l'œuvre romanesque de Giono, on se reportera sans hésitation aux "Œuvres romanesque complètes" en 6 volumes publiées chez Gallimard dans la "Bibliothèque de la Pléiade" (1971-1983) sous la direction de Robert Ricatte avec des notices de Henri Godard et Pierre Citron principalement.

On ne manquera pas non plus de consulter :

"Giono l'Italien" par Claude Mourthé, aux Editions du Rocher en 1995.
"La mort grotesque chez Giono" par Béatrice Bonhomme, paru chez Nizet en 1996 : étude du thème de la mort dans l'œuvre de Giono.
L'excellent "Un divertissement royal, d'après Giono", actes d'un colloque réunis par Béatrice Bonhomme et publiés par l'Association des publications de la Faculté des Lettres de Nice, en 1996. Deux des communications développent la thématique du sang et du divertissement dans l'œuvre de Giono et répondent en écho à la pièce créée par Béatrice Bonhomme et Jean Laminal, à partir des textes de Giono.
"Jean Giono : l'esthétique de la violence" de Ibrahim H. Badr, chez Peter Lang, en 1998.
"Giono : le petit pan de mur bleu" de Philippe Bonnefis, paru chez Galilée en 1999.
Et surtout, cette thèse de doctorat soutenue en 1999 à l'Université de Provence, par Karine Poirier, sous la direction d'André Not, et publiée aux Presses Universitaires du Septentrion. "Influence de l'opéra baroque sur l'imagination romanesque de Jean Giono".
Son propos étant de démontrer que Giono aborde sa propre création comme un opéra de poche dont il adapte la structure à son imaginaire. L'auteur de la thèse adopte "le regard du spectateur visitant un théâtre dont les portes s'ouvrent sur les coulisses (la boîte à images gionienne, son fonds culturel et psychologique), puis sur la scène où triomphe l'illusion d'un imaginaire baroque et, enfin, sur l'ensemble d'un édifice essentiellement considéré du point de vue éthique".

Danielle Annino
26/09/2000
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