|
GRAND
PRIX DE L'ACADEMIE FRANCAISE 2000
|
Terrasse à Rome
Pascal Guignard
Février 2000
Edition Gallimard
176 pages
215 grammes
ISBN : 2-0707-5611-4
14,33 €
>
Accès
à la notice pour commander
Meaume dit : Je n'ai jamais plus trouvé de joie auprès
d'autres femmes qu'elle. Ce n'est pas cette joie qui me manque.
C'est elle. Aussi ai-je dessiné toute ma vie un même
corps dans les gestes d'étreinte dont je rêvais
toujours. - Meaume encore : Chacun suit le fragment de nuit
où il sombre. Un grain de raisin gonfle et se déchire.
Au début de l'été toutes les prunes reines-claudes
se fendent. Quel homme n'aime quand l'enfance crève
? Elle dit : "Je ne sais pas" - Il resta seul vingt
jours sans mettre le nez dehors dans une auberge sur l'autre
rive du Rhin où il était logé avec six
autres hommes dans une espèce d'étable. Puis
il quitta ce monde, traversa le Wurtemberg, les cantons, les
Alpes, les Etats, Rome, Naples. Il alla cacher son visage
à Ravello durant deux ans au-dessus du petit village,
dans la falaise, au-dessus du golfe de Salerne. Enfin ce fut
Rome en 1643, l'Aventin, la terrasse à l'auvent, les
estampes nocturnes, le recueil scandaleux de 1650, les cartes
érotiques où il rêvait d'aimer. - Elle
ajouta plus bas, presque aussitôt : "Vous ne le
savez sans doute pas mais souvent les femmes qui vivent dans
ce monde ont un mauvais souvenir." Elle pleurait. Il
prit sa main. Elle retira aussitôt sa main. - Il y a
un âge où on ne rencontre plus la vie mais le
temps. On cesse de voir la vie vivre. On voit le temps qui
est en train de dévorer la vie toute crue. Alors le
coeur se serre. On se tient à des morceaux de bois
pour voir encore un peu le spectacle qui saigne d'un bout
à l'autre du monde et pour ne pas y tomber.
|